Architecture et Urbanisme

/ Architecture et urbanisme, Grand angle sur...

L’urbanisme et l’architecture sont deux disciplines qui ont de tout temps façonné notre environnement et notre cadre de vie, elles participent ensemble à la perception que nous avons de nos villes et de nos territoires.
Elles étaient traditionnellement associées par des connaissances communes de leur champ disciplinaire, aujourd’hui elles regroupent, dans ce qu’il est convenu d’appeler le champ professionnel, de nombreux intervenants spécialisés en vue d’apporter des réponses efficientes à un contexte toujours plus complexe.

Le temps de l’urbanisme n’est plus celui de la seule expression politique ou « militaire », pas plus que celui de la création de villes nouvelles ou de l’expansion acharnée et incontrôlée de nos villes en repoussant toujours plus loin leurs limites territoriales, selon l’adage de « construire nos villes à la campagne ». A ce concept quelque peu défraîchi s’en substitue un autre, plus tendance et pourtant très ancien, qui consiste à reconstruire la ville sur la ville, et à en imaginer une extension maîtrisée eu égard à une approche pluridisciplinaire.

L’urbanisme d’aujourd’hui est pour partie celui de l’examen et de l’analyse de ce que sont devenues nos villes.
L’accumulation et la juxtaposition d’ensembles urbains et immobiliers, fussent-ils de grande qualité architecturale et paysagère, ne peuvent être à elles seules garantes de la continuité urbaine et participer à la création de parties de ville, de quartiers structurés.

L’établissement de diagnostics urbains s’avère nécessaire et vital pour appréhender précisément les maux dont souffrent certaines parties de nos villes, c’est l’objectif ambitieux initié par la loi de programmation pour la ville, en 2003, avec son programme national de rénovation urbaine, qui a mobilisé des moyens sans précédents, dégagé un budget pluriannuel conséquent et créé l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine (ANRU) pour piloter cette politique.

L’ambition partagée des projets de rénovation urbaine est pour l’essentiel d’établir une continuité urbaine entre le cœur de ville et la périphérie, par l’amélioration des dessertes, l’implantation d’équipements structurants, l’atteinte d’un équilibre entre densité et intensité, l’amélioration de la qualité de l’habitat, mais aussi et surtout par le développement d’une diversité sociale et le développement économique.

Initialement prévu pour la période de 2003 à 2008, compte tenu du franc succès rencontré, le programme de rénovation urbaine a vu son calendrier d’exécution prorogé jusqu’en 2013, et est aujourd’hui l’objet de discussions pour envisager un prolongement dit ANRU 2, en vue de satisfaire l’étendue des besoins de nos zones urbaines sensibles et de nos centres anciens. L’état d’avancement des projets de rénovation urbaine, outre le fait que des évaluations sont conventionnellement prévues dans les calendriers d’exécution, conduit bon nombres d’observateurs à esquisser un bilan de cette politique ambitieuse. Si à peu près tout le monde s’accorde pour reconnaître le bien fondé de cette politique en matière d’intégration urbaine et d’amélioration du cadre de vie des habitants de ces quartiers, force est de constater des insuffisances pour ce qui est de la diversité sociale et du développement économique.

L’architecture contribue, à son niveau et pour beaucoup, à la réussite du renouvellement urbain, par l’apport de projets innovants, aussi bien pour ce qui est de l’usage des bâtiments que de leur performance environnementale, mais aussi par l’étude de projets de réhabilitation qui va bien au-delà des traditionnelles mises aux normes et de confort, et qui tente, par une programmation courageuse et cohérente, de réhabiliter les bâtiments existants pour les rendre attractifs et leur donner ipso facto une nouvelle vie.
L’architecture, tout comme l’urbanisme, n’est pas épargnée des effets de l’évolution sociétale ; il est assez loin le temps où l’architecte, maître de l’œuvre, était celui qui avait la parfaite maîtrise du projet architectural, son œuvre !

Aujourd’hui, si l’architecte occupe toujours une place prépondérante au sein d’une équipe de conception, d’ingénierie, il partage ses connaissances disciplinaires avec d’autres intervenants à l’acte de construire pour mieux maîtriser l’amoncellement des règles de construction et exigences en tout genre, notamment environnementales, et l’évolution des techniques de construction. La production architecturale de ces dernières années, tous programmes immobiliers confondus,  reflète une évidente qualité organisationnelle, plastique et technique des projets, qui témoigne d’un travail collégial, celui de la cotraitance, et d’une approche rigoureuse, analytique et sensible, exprimant et valorisant les programmes établis par la maîtrise d’ouvrage.

Si d’évidence cette indéniable qualité architecturale résulte des synergies partagées entre l’architecte, « designer » du projet, et les nombreux autres professionnels spécialisés, il est également à noter le rôle prépondérant de celui sans lequel  les projets n’existeraient pas, c’est-à-dire le maître de l’ouvrage. Parmi les nombreuses obligations qui lui incombent, et le responsabilisent au regard de la qualité architecturale visée, le maître de l’ouvrage dispose du choix du mode de dévolution le mieux adapté à son programme, en vue de sélectionner la maîtrise d’œuvre la plus apte à satisfaire ses besoins.

Pour la maîtrise d’ouvrage publique, la procédure du concours de maîtrise d’œuvre, rendue obligatoire dans certaines conditions, est garante de qualité architecturale, par la mise en concurrence des candidats en vue de sélectionner le meilleur projet.
Nous avons trop tendance, nous autres Français, à vouloir toujours tout segmenter, sectoriser, dissocier… ainsi le maître de l’ouvrage établit son programme fonctionnel, technique et environnemental, l’architecte conçoit son projet, son œuvre architecturale, puis les entreprises exécutent, après consultation. Il serait tellement plus productif et efficient de créer des synergies en permettant à tous de travailler ensemble simultanément et de mobiliser tous les moyens et  ressources au service du projet.
Une procédure publique permet pour partie de satisfaire cette exigence, il s’agit de la procédure de « conception – réalisation » qui réunit au sein d’un même groupement l’architecte et l’entreprise générale ou le groupement d’entreprises. Une amélioration de cette procédure consisterait à associer le maître de l’ouvrage à ce travail de mise en forme du projet ; ni le Code des Marchés Publics, ni  l’ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005 ne le permettent !

André LAUGIER

Architecte D.P.L.G.